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La « souffrance » des personnes électrohypersensibles est bien réelle : on a décortiqué l’étude de l’Anses sur le sujet

Un groupe d’experts a étudié toute la littérature scientifique disponible sur l’exposition aux ondes électromagnétiques et entendu médecins et associations, pour mieux comprendre ce syndrome controversé.

Les personnes qui se disent électrohypersensibles souffrent et doivent être prises en charge, mais le lien entre ce syndrome et l’exposition aux ondes électromagnétiques n’est toujours pas confirmé. C’est ce que conclut un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), publié mardi 27 mars. Voici ce qu’il faut retenir de ce rapport, fruit des recherches menées pendant quatre ans par un groupe de 40 experts et perçu comme « une avancée » par l’association Robin des Toits.

Déjà, c’est quoi l’électrohypersensibilité ?

L’existence même de l’électrohypersensibilité (EHS) fait débat entre, d’un côté, une communauté médicale généralement sceptique face à cette pathologie mal identifiée et, de l’autre, des patients qui mettent en avant des symptômes handicapants.

Troubles du sommeil, migraines et céphalées, nausées, irritabilité, fourmillements dans les doigts, problèmes de peau… Les personnes qui disent souffrir d’EHS ressentent des symptômes « fonctionnels non spécifiques » : ils ne sont pas liés à des lésions observables, ni à des dysfonctionnements d’organes identifiables et peuvent, lorsqu’ils sont pris individuellement, être l’expression de plusieurs maladies très différentes.

Les personnes électrohypersensibles attribuent ces symptômes à leur exposition aux radiofréquences des téléphones portables, antennes relais et autres wifi. Certaines personnes qui se déclarent EHS affirment en outre être capables de percevoir les champs électromagnétiques. Et il « n’existe pas de critères de diagnostic de l’EHS validés à ce jour », selon l’Anses. Seule façon de la définir ? S’en tenir aux déclarations des personnes qui se disent atteintes.

Mais c’est considéré comme une vraie maladie ?

En tout cas, l’Anses reconnaît que « la souffrance et les douleurs exprimées par les personnes se déclarant EHS correspondent à une réalité vécue, les conduisant à adapter leur quotidien pour y faire face »« C’est une avancée », estime d’ailleurs le président de l’association Robin des Toits, Pierre-Marie Theveniaud.

« On ne parle plus d’un effet nocebo exclusif », salue ce dernier. L’effet nocebo, à l’inverse du placebo, est causé par la suggestion (ou la crainte) que l’exposition à un médicament ou à des facteurs environnementaux – comme ici les ondes électromagnétiques – est nuisible. L’Anses estime que cet effet « joue certainement un rôle non négligeable dans la persistance de l’EHS », mais qu’il n’exclut pas « une affection organique non identifiée ».

Les ondes électromagnétiques sont-elles vraiment le problème ?

S’il y a un lien entre les symptômes et les ondes électromagnétiques, comme l’affirment les associations de personnes qui se déclarent électrohypersensibles, il n’a jamais pu être démontré de manière scientifique. « Aucune preuve expérimentale solide ne permet actuellement d’établir un lien de causalité entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes décrits par les personnes se déclarant EHS », concluent les experts, qui ont examiné l’ensemble de la littérature disponible sur le sujet.

Les études de « provocation », qui consistent à soumettre volontairement les sujets aux ondes, « sont souvent considérées comme le meilleur moyen de démontrer, en laboratoire, l’existence d’un lien de causalité ». Mais aucune n’a jusqu’à présent mis en évidence, de manière fiable et reproductible, l’apparition de symptômes ni de capacité des personnes électrosensibles à percevoir les champs magnétiques.

Quelles autres hypothèses sont envisagées pour expliquer ces symptômes ?

Pour expliquer les symptômes décrits par les personnes EHS, les experts ont étudié différentes hypothèses, dont beaucoup ont été écartées. Les pistes génétique et immunitaire ont été abandonnées. La possibilité que les ondes altèrent la barrière hémato-encéphalique, qui protège notre cerveau, n’a pas non plus été retenue. L’hypothèse de dysfonctionnements du système nerveux n’a pu être « ni validée, ni exclue ».

En revanche, « l’hypothèse de l’existence d’un terrain migraineux » a « davantage retenu l’attention du groupe de travail ». « Les maux de tête sont l’un des symptômes les plus fréquemment rapportés » par les personnes qui se déclarent EHS « et les résultats obtenus par un médecin chez certaines d’entre elles, qu’il a traitées comme des migraineux, sont apparus intéressants ». L’Anses estime que les données connues à ce sujet « justifient que des recherches centrées sur ce problème soient réalisées ».

Enfin, le groupe d’experts envisage aussi la possibilité que les personnes EHS souffrent d’un « dysfonctionnement de l’horloge circadienne », ce système interne qui rythme notre vie quotidienne et qui, quand il est déréglé, provoque des troubles du sommeil, de la concentration et de la mémoire.

Et du coup, que propose-t-on aux patients ?

L’Anses reconnaît que les souffrances, physique et psychique, des nombreuses personnes qui se déclarent hypersensibles aux ondes « nécessitent et justifient une prise en charge adaptée par les acteurs des domaines sanitaire et social ». Elle propose donc de développer la formation des professionnels de santé sur la problématique de l’électrohypersensibilité, ainsi que la formation des acteurs sociaux à l’accueil et à l’écoute des personnes touchées. Le rapport met en effet en avant le « besoin de reconnaissance » des patients et leur « désir d’être pris au sérieux » par les médecins.

Mais comment, concrètement, les prendre en charge ? L’agence renvoie la balle à la Haute Autorité de santé (HAS), afin qu’elle examine « la pertinence de formuler des recommandations destinées aux professionnels de santé ». Olivier Merckel, chef d’unité risques physique à l’Anses, évoque « une sorte de guide des bonnes pratiques » pour les praticiens.

Le rapport de l’Anses, qui souligne à plusieurs reprises « les limites méthodologiques » des recherches passées, plaide aussi pour de nouvelles études, avec de nouveaux protocoles. Pour cela, il faut soutenir le financement de la recherche et mettre en place des infrastructures adaptées, pour exercer un suivi des patients à long terme, dans des conditions expérimentales proches de leur environnement.

Source de l’article franceinfio

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